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Travaux énergie : le déficit foncier doublé jusqu'en 2027

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Daniel
Par Daniel
Conseiller en Gestion de Patrimoine·22 mai 2026

Vous louez un appartement nu classé F ou G et vous avez prévu 35 000 € de travaux d'isolation et de remplacement du chauffage pour éviter l'interdiction de louer les passoires thermiques prévue au 1er janvier 2028. Ces travaux vont générer un déficit foncier — la différence entre vos loyers et vos charges — dont vous ne pouviez normalement déduire que 10 700 € par an de votre revenu global. Jusqu'au 31 décembre 2027, ce plafond est doublé à 21 400 €pour les travaux de rénovation énergétique. À TMI — taux marginal d'imposition, votre tranche d'impôt la plus haute — de 30 %, la différence sur une seule année : 3 210 € supplémentaires récupérés immédiatement sur votre avis d'imposition.

Le déficit foncier : rappel du mécanisme de base

En location nue, vos loyers sont des revenus fonciers. Vous pouvez en déduire les charges réelles : intérêts d'emprunt, taxe foncière, travaux d'entretien et d'amélioration, primes d'assurance. Quand ces charges dépassent vos loyers, vous constatez un déficit foncier — un résultat négatif sur vos revenus locatifs.

Ce déficit ne reste pas bloqué dans la case « revenus fonciers ». Dans la limite de 10 700 € par an, vous pouvez l'imputer directement sur votre revenu global — votre salaire, vos honoraires, vos pensions. À TMI 30 %, 10 700 € imputés représentent 3 210 € d'impôt en moins sur votre avis de l'année suivante. La partie qui dépasse 10 700 € n'est pas perdue : elle se reporte sur vos revenus fonciers des dix années suivantes (CGI — Code général des impôts — art. 156 I 3° — legifrance.gouv.fr).

Pour aller plus loin sur la nature des travaux déductibles, l'article Déficit foncier : travaux déductibles et non déductibles détaille les trois catégories (réparation, amélioration, construction).

Le plafond temporairement doublé à 21 400 €

Pour les travaux de rénovation énergétique, la loi de finances rectificative de décembre 2022 (loi n° 2022-1499 du 1er décembre 2022, art. 12 — legifrance.gouv.fr) a doublé le plafond d'imputation sur le revenu global : il passe de 10 700 € à 21 400 € par an. Ce doublement, initialement prévu jusqu'à fin 2025, a été prolongé par la loi de finances pour 2026 jusqu'au 31 décembre 2027 — soit deux années supplémentaires pour en profiter.

La logique est directement liée à l'agenda du DPE — diagnostic de performance énergétique, le classement de A à G qui mesure la consommation de votre logement. Depuis le 1er janvier 2023, les logements classés G ne peuvent plus faire l'objet d'un nouveau bail (loi n° 2021-1104 du 22 août 2021, dite « loi Climat et Résilience » — legifrance.gouv.fr). Les logements classés F rejoindront cette interdiction au 1er janvier 2028. L'État pousse les bailleurs à rénover maintenant en rendant la déductibilité des travaux d'énergie plus immédiatement avantageuse.

À retenir.Les deux conditions classiques du déficit foncier s'appliquent aussi au doublement : les travaux doivent être payés avant le 31 décembre de l'année concernée, et vous devez continuer à louer le bien nu pendant au moins 3 ansaprès la dernière imputation sur le revenu global. Un arrêt de location avant ce délai entraîne la reprise des montants imputés (CGI art. 156 I — BOFiP BOI-RFPI-BASE-30-20 — bofip.impots.gouv.fr).

Quels travaux ouvrent droit au doublement ?

Tous les travaux de rénovation n'ouvrent pas droit au plafond de 21 400 €. Seuls les travaux définis par le décret n° 2023-297 du 21 avril 2023 (legifrance.gouv.fr) sont éligibles. Cinq catégories sont visées :

  • Isolation thermique des combles, toitures, murs et planchers bas
  • Remplacement du système de chauffage par un équipement performant (pompe à chaleur air-eau, poêle à granulés, chaudière à condensation classe A)
  • Remplacement du système d'eau chaude sanitaire par un équipement à faible consommation (chauffe-eau thermodynamique, solaire)
  • Installation d'une VMC double flux— ventilation mécanique contrôlée, le dispositif qui renouvelle l'air en récupérant la chaleur
  • Remplacement des menuiseries extérieures (fenêtres à double ou triple vitrage performant)

Condition impérative : les travaux doivent être réalisés par une entreprise certifiée RGE — Reconnu Garant de l'Environnement. Sans facture d'une entreprise RGE, le doublement du plafond ne s'applique pas. Vous pouvez toujours déduire les travaux comme charges foncières classiques — mais l'imputation sur le revenu global reste plafonnée à 10 700 € (décret n° 2023-297 — legifrance.gouv.fr).

Le calcul sur un exemple concret

Marie loue un T2 de 50 m² en location nue à Rouen. Elle perçoit 6 000 € de loyers annuels. En 2026, elle investit 35 000 € en isolation des murs et remplacement du chauffage par une pompe à chaleur — travaux réalisés par une entreprise RGE. Elle rembourse également un crédit générant 3 500 € d'intérêts, et la taxe foncière s'élève à 1 200 €.

Loyers perçus+ 6 000 €
Intérêts d'emprunt– 3 500 €
Taxe foncière + assurance– 1 200 €
Travaux de rénovation énergétique (RGE)– 35 000 €
Déficit foncier total– 33 700 €

Sans le plafond doublé : Marie impute 10 700 € sur son revenu global. Économie immédiate à TMI 30 % : 3 210 €. Le solde (33 700 − 10 700 = 23 000 €) se reporte sur ses revenus fonciers des années suivantes.

Avec le super plafond (travaux énergie RGE) : Marie impute 21 400 € sur son revenu global. Économie immédiate à TMI 30 % : 6 420 €. Le report tombe à 12 300 € — absorbé en deux ou trois ans par les loyers futurs. Le gain supplémentaire du doublement : 3 210 € récupérés immédiatementplutôt qu'étalés sur dix ans.

À TMI 41 %, l'avantage du doublement est encore plus marqué : (21 400 − 10 700) × 58,2 % (41 % d'IR + 17,2 % de prélèvements sociaux) = 6 227 € supplémentairesrécupérés sur un seul avis d'imposition.

Denormandie et Jeanbrun : comment s'articule le doublement ?

Pour les investisseurs qui associent dispositif fiscal et rénovation énergétique, le doublement du plafond joue un rôle complémentaire — avec des règles à connaître.

En Denormandie (location nue dans une commune labellisée ACV, réduction d'impôt de 12 à 21 % sur foncier + travaux), les travaux inclus dans la base de la réduction d'impôt ne sont pas déductibles une seconde fois en charges foncières — c'est la règle anti-double déduction (CGI art. 199 novovicies — legifrance.gouv.fr). En revanche, des travaux de rénovation énergétique réalisés aprèsla base Denormandie — amélioration complémentaire ou entretien énergétique ultérieur — restent éligibles au plafond de 21 400 €.

En Jeanbrun dans l'ancien (location nue, amortissement — la déduction comptable qui efface une partie du prix d'achat chaque année — de 3 % à 5,5 % selon le secteur locatif), le passage au DPE A ou B est une condition d'éligibilité — ce qui nécessite des travaux représentant au moins 30 % du prix d'achat. Ces travaux de rénovation énergétique, payés l'année de leur réalisation, peuvent générer un déficit foncier élevé pour cette même année : jusqu'à 21 400 € sont imputables sur le revenu global grâce au doublement du plafond. L'amortissement Jeanbrun prend ensuite le relais les années suivantes pour effacer l'impôt sur les loyers (loi n° 2026-103 du 19 février 2026 — legifrance.gouv.fr).

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Questions fréquentes

Le plafond doublé de 21 400 € s'applique-t-il pour chaque année jusqu'en 2027, ou seulement une fois ?
Il s'applique chaque année, pour les travaux effectivement payés entre le 1er janvier 2023 et le 31 décembre 2027. Si vous payez 15 000 € de travaux de rénovation énergétique en 2026 et 20 000 € en 2027, vous bénéficiez du plafond de 21 400 € sur chacune des deux années — dans la mesure où votre déficit dépasse 10 700 € cette année-là. Le plafond de 21 400 € est annuel, pas cumulable sur deux ans. Il est codifié au quatrième alinéa du 3° du I de l'article 156 du CGI — Code général des impôts — et précisé par le BOFiP (BOI-RFPI-BASE-30-20 — bofip.impots.gouv.fr).
Mes travaux doivent-ils obligatoirement être réalisés par une entreprise RGE pour bénéficier du doublement ?
Oui. Le décret n° 2023-297 du 21 avril 2023 (legifrance.gouv.fr), qui précise les travaux éligibles au doublement du plafond, exige que les travaux soient réalisés par une entreprise certifiée RGE — Reconnu Garant de l'Environnement. Cette certification s'obtient auprès d'organismes comme Qualibat, Qualigaz ou QualiPAC et doit être valide à la date de réalisation des travaux. Sans facture d'une entreprise RGE, vous pouvez toujours déduire les travaux en charges foncières classiques — mais l'imputation sur le revenu global reste plafonnée à 10 700 €, pas à 21 400 €.
La règle des 3 ans de location après imputation s'applique-t-elle aussi au plafond doublé ?
Oui, cette condition s'applique sans distinction au plafond normal comme au plafond doublé. Vous devez maintenir la location nue pendant au moins 3 ans après la dernière année d'imputation sur le revenu global (CGI art. 156 I 3° — legifrance.gouv.fr). Si vous imputez 21 400 € en 2027 (dernière année de la mesure), vous devez continuer à louer le bien nu jusqu'au 31 décembre 2030. Une vente ou un arrêt de location avant ce délai entraîne la reprise des montants imputés par l'administration fiscale.
Puis-je bénéficier du plafond doublé et du dispositif Denormandie sur les mêmes travaux ?
Non. Les travaux inclus dans la base de la réduction d'impôt Denormandie (CGI art. 199 novovicies — legifrance.gouv.fr) ne peuvent pas être déduits une seconde fois en charges foncières — c'est la règle anti-double déduction. Sur un investissement Denormandie à 130 000 € (foncier + travaux), les 45 000 € de travaux constituent la base de la réduction d'impôt ; ils ne créent pas de déficit foncier en parallèle. En revanche, des travaux de rénovation énergétique réalisés après la période Denormandie — ou portant sur des parties du bien non couvertes par la base — restent éligibles au plafond de 21 400 €.
Les travaux de rénovation requis pour être éligible au Jeanbrun dans l'ancien bénéficient-ils du doublement ?
Oui, dans la mesure où ces travaux appartiennent aux catégories définies par le décret n° 2023-297 du 21 avril 2023 (isolation, chauffage, eau chaude sanitaire, VMC double flux, menuiseries — legifrance.gouv.fr) et sont réalisés par une entreprise RGE. Dans le Jeanbrun dans l'ancien (loi n° 2026-103 du 19 février 2026 — legifrance.gouv.fr), les travaux doivent représenter au moins 30 % du prix d'acquisition et permettre d'atteindre un DPE de classe A ou B. Ces travaux — payés l'année de leur réalisation — peuvent générer un déficit foncier de 21 400 € imputable sur le revenu global grâce au doublement. L'amortissement Jeanbrun (3 % à 5,5 % du prix d'achat selon le secteur locatif) prend ensuite le relais les années suivantes.