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Résidence gérée : faillite du gestionnaire, le bail continue

Lecture 5 min
Daniel
Par Daniel
Conseiller en Gestion de Patrimoine·

Vous avez signé, en résidence étudiante ou séniors, un bail commercial avec un exploitant qui vous verse chaque mois un loyer garanti — 500 € pour un studio, par exemple, que des locataires occupent la résidence ou non. Si cet exploitant tombe en liquidation judiciaire, ce loyer ne s'arrête pas forcément du jour au lendemain, mais votre crédit, lui, continue de tomber sans interruption. Le Code de commerce encadre précisément ce qui se passe pendant les mois qui suivent une telle défaillance — le savoir change la façon dont vous devez réagir.

La faillite de l'exploitant ne résilie pas le bail automatiquement

Le bail commercial est le contrat qui lie votre LMNP (loueur en meublé non professionnel — vous, dès que vous louez un logement meublé) à l'exploitant qui gère la résidence. Quand une entreprise est placée en procédure de sauvegarde, l'article L622-13 du Code de commerce pose une règle protectrice — étendue au redressement judiciaire par l'article L631-14 du même code : aucune résiliation du bail ne peut résulter du seul fait de l'ouverture de la procédure, quelle que soit une clause contraire dans le contrat. C'est l'administrateur judiciaire, désigné par le tribunal pour gérer l'entreprise pendant la procédure, qui décide seul de poursuivre ou non l'exécution du bail — et lui seul.

Concrètement : tant que l'administrateur choisit de continuer le bail, vos loyers restent dus selon les conditions prévues au contrat. Le simple fait que votre exploitant traverse une procédure collective ne suffit donc pas, à lui seul, à faire cesser vos revenus locatifs.

Les loyers dus après l'ouverture de la procédure sont prioritaires

Si l'administrateur poursuit le bail, les loyers qui deviennent exigibles à partir de cette date bénéficient d'un statut à part. L'article L622-17 du Code de commerce prévoit que les créances nées régulièrement après le jugement d'ouverture, pour les besoins de la procédure ou en contrepartie de l'occupation des locaux pendant cette période, sont payées à leur échéance et, à défaut, avant la plupart des autres créanciers de l'entreprise. Vos loyers post-ouverture ne se retrouvent donc pas noyés dans la masse des dettes de l'exploitant : ils passent devant beaucoup d'autres créances, à condition d'être signalés à l'administrateur ou au liquidateur dans le délai légal.

Les loyers antérieurs à l'ouverture de la procédure, eux, suivent un sort différent : ils doivent être déclarés comme n'importe quelle créance ordinaire, et leur recouvrement dépend de ce qu'il reste à distribuer une fois la procédure terminée — souvent peu de chose.

Si le bail est résilié : ce que prévoit la loi en liquidation

En liquidation judiciaire, l'article L641-12 du Code de commerce encadre trois situations de résiliation : le liquidateur vous informe qu'il ne poursuit pas le bail, vous demandez vous-même la résiliation pour des causes antérieures au jugement, ou vous agissez pour loyers impayés postérieurs au jugement. Dans ce dernier cas, la loi vous protège d'une action précipitée mais vous impose aussi un délai : vous ne pouvez demander la résiliation pour non-paiement des loyers postérieurs au jugement qu'après un délai de trois mois à compter de ce jugement. Si l'exploitant règle les sommes dues avant l'expiration de ces trois mois, la résiliation n'a pas lieu.

Sur 3 mois, studio à 500 €/moisBail poursuivi par l'administrateurBail non poursuivi, loyers impayés
Loyers perçus1 500 € (créance prioritaire, art. L622-17)0 € pendant les 3 mois
Crédit à rembourserDû normalementDû normalement

Sur un studio loué 500 € par mois, trois mois sans loyer représentent 1 500 € à sortir de votre poche en plus du remboursement du crédit, qui ne s'interrompt jamais du fait de la procédure de votre exploitant. C'est ce décalage de trésorerie — pas la perte du bien — qui constitue le vrai risque à court terme.

Point de vigilance : même résilié, le bail ne fait pas disparaître votre bien. Vous restez propriétaire du studio ou de l'appartement et pouvez, une fois un nouvel exploitant trouvé, signer un nouveau bail commercial — ou relouer en direct si la copropriété et le règlement de la résidence le permettent.

Réduire ce risque avant de signer, pas après

Le Code de commerce protège votre bail pendant la procédure, mais ne vous protège pas contre le manque à gagner pendant les mois où le loyer reste incertain. La meilleure protection reste en amont, au moment de choisir votre résidence gérée :

  • Demandez les bilans des trois derniers exercices de l'exploitant, pas seulement de la résidence concernée — un groupe solide peut porter une résidence en difficulté, l'inverse est plus rare.
  • Vérifiez le taux d'occupation des autres résidences déjà exploitées par le même gestionnaire, sur plusieurs années et pas seulement sur la dernière.
  • Regardez la durée restante du bail et ses conditions de renouvellement : un exploitant engagé pour encore huit ans a plus à perdre à faire défaut qu'un exploitant en fin de bail.
  • Évitez de concentrer plusieurs lots sur un seul et même exploitant si votre patrimoine s'y prête : la défaillance d'un gestionnaire touche alors une seule ligne de vos revenus locatifs, pas toutes.

Aucune de ces vérifications n'élimine totalement le risque exploitant — il reste la principale vigilance propre à l'investissement en résidence gérée. Mais combinées à la protection légale du bail pendant une procédure collective, elles transforment un risque flou en un risque que vous pouvez chiffrer avant d'investir.

Pour intégrer ce risque dans le calcul de votre effort mensuel réel — avec ou sans continuité du loyer — et comparer plusieurs scénarios d'investissement en résidence gérée, simulez votre investissement LMNP.

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Questions fréquentes

Que se passe-t-il si l'exploitant d'une résidence gérée fait faillite ?
Rien d'automatique sur votre bail. L'article L622-13 du Code de commerce interdit toute résiliation du contrat en cours du seul fait de l'ouverture d'une procédure de sauvegarde — règle étendue au redressement judiciaire par l'article L631-14 du même code — quelle que soit une clause contraire. C'est l'administrateur judiciaire désigné par le tribunal qui décide, seul, de poursuivre ou non l'exécution du bail commercial qui vous lie à l'exploitant.
Dois-je continuer à payer mon crédit si l'exploitant ne verse plus le loyer ?
Oui. Le remboursement de votre crédit immobilier ne dépend pas de la situation de l'exploitant : votre banque continue d'exiger les mensualités, que le loyer soit versé ou non. C'est ce décalage de trésorerie, pas la perte du bien, qui constitue le principal risque à court terme en cas de défaillance du gestionnaire.
Le bail commercial est-il automatiquement résilié en cas de liquidation judiciaire ?
Non. En liquidation judiciaire, l'article L641-12 du Code de commerce prévoit trois cas de résiliation : le liquidateur vous informe qu'il ne poursuit pas le bail, vous demandez la résiliation pour des causes antérieures au jugement, ou vous agissez pour loyers impayés postérieurs au jugement. Dans ce dernier cas, vous ne pouvez agir qu'après un délai de trois mois à compter du jugement de liquidation — et pas avant, sauf si l'exploitant règle sa dette entre-temps.
Mes loyers impayés pendant la procédure sont-ils prioritaires sur les autres dettes de l'exploitant ?
Seuls les loyers dus après l'ouverture de la procédure bénéficient d'un traitement prioritaire, en application de l'article L622-17 du Code de commerce : les créances nées régulièrement pour les besoins de la procédure, ou en contrepartie de l'occupation des locaux pendant cette période, sont payées à leur échéance et, à défaut, avant la plupart des autres créanciers. Les loyers antérieurs à l'ouverture de la procédure, eux, suivent le sort commun des créances ordinaires et se déclarent auprès du mandataire judiciaire.
Comment réduire le risque de défaillance d'un exploitant avant d'investir ?
Demandez les bilans des trois derniers exercices du groupe exploitant, pas seulement de la résidence visée. Vérifiez le taux d'occupation de ses autres résidences sur plusieurs années. Regardez la durée restante du bail commercial : un exploitant engagé pour encore plusieurs années a davantage à perdre à faire défaut. Et si votre patrimoine le permet, évitez de concentrer plusieurs lots chez un seul et même exploitant.