Actus · LMNP

Loyer meublé sous le marché : comment le rattraper en LMNP

Lecture 5 min
Daniel
Par Daniel
Conseiller en Gestion de Patrimoine·

Vous louez un T2 meublé 650 € par mois depuis quatre ans, et vous n'avez jamais révisé le loyer. Autour de vous, des biens comparables se louent 740 €. La révision automatique via l'IRL — l'indice de référence des loyers, le baromètre trimestriel publié par l'Insee — ne suffira pas à combler cet écart : au 2e trimestre 2026, elle s'élève à 148,37 points, en hausse de seulement 1,15 % sur un an, publiée le 10 juillet 2026 (insee.fr). Sur 650 €, cela représente à peine 7 € de plus par mois. Pour rattraper un vrai décalage avec le marché, un autre mécanisme existe : la révision au renouvellement du bail, prévue par l'article 17-2 de la loi du 6 juillet 1989, applicable à la location meublée via l'article 25-9 de la même loi.

Deux mécanismes distincts, à ne pas confondre

En LMNP (loueur en meublé non professionnel — vous, dès que vous louez un logement meublé), le loyer peut évoluer de deux façons pendant la vie du bail :

  • La révision annuelle par l'IRL : si le bail prévoit une clause d'indexation, le loyer suit l'inflation des loyers observée par l'Insee, chaque année à la date anniversaire (article 17-1, I, applicable au meublé via l'article 25-9 — legifrance.gouv.fr). C'est un ajustement, pas un rattrapage.
  • La révision au renouvellement du bail : si le loyer est durablement sous le prix du marché, le bailleur peut proposer un loyer réévalué à l'échéance du contrat, sur la base de références de loyers comparables dans le voisinage (article 17-2, applicable au meublé via l'article 25-9 — legifrance.gouv.fr). C'est ce deuxième mécanisme qui permet vraiment de rattraper un écart de plusieurs dizaines d'euros.

IRL T2 2026 (Insee, publié le 10 juillet 2026) : 148,37 points, soit +1,15 % sur un an, après +0,78 % au trimestre précédent. Source : insee.fr, Informations rapides n° 167 (insee.fr/fr/statistiques/9022797).

Comment fonctionne le rattrapage au renouvellement

L'article 25-9 de la loi du 6 juillet 1989 (legifrance.gouv.fr) rend l'article 17-2 applicable aux logements meublés. Concrètement, le bailleur doit adresser sa proposition de nouveau loyer au moins six mois avant le terme du bail — pas à l'échéance elle-même — en la justifiant par des références de loyers habituellement constatés dans le voisinage pour des logements comparables : au moins trois références, ou six dans les communes appartenant à une agglomération de plus d'un million d'habitants (article 17-2 — legifrance.gouv.fr).

Si le locataire refuse ou ne répond pas dans les quatre mois précédant le terme du bail, l'une ou l'autre partie peut saisir la commission départementale de conciliation. À défaut d'accord, un juge tranche avant le terme du bail. Sans saisine dans les délais, le contrat se poursuit de plein droit aux conditions de loyer antérieures — le bailleur qui n'a pas envoyé sa proposition six mois à l'avance perd sa fenêtre de rattrapage pour cette reconduction.

Logement classé F ou G au DPE : le rattrapage est impossible. Le II de l'article 17-2 — applicable au meublé via l'article 25-9 — interdit toute réévaluation du loyer au renouvellement pour les logements de classe F ou G (loi n° 2021-1104 du 22 août 2021, article 159 — legifrance.gouv.fr). Tant que le DPE (diagnostic de performance énergétique — le classement énergétique légal de A à G) n'est pas amélioré, ni l'IRL ni ce mécanisme de rattrapage ne peuvent faire évoluer le loyer à la hausse.

Le plafond de 10 % (article 25-9 de la loi du 6 juillet 1989 — legifrance.gouv.fr)

Si l'augmentation convenue entre les parties, ou fixée par le juge, dépasse 10 %, elle ne s'applique pas d'un coup : elle est étalée par tiers annuels, sur le contrat renouvelé puis, le cas échéant, sur les reconductions suivantes.

Attention : dans les zones soumises à l'encadrement des loyers (Paris, Lille, Lyon et d'autres agglomérations classées en zone tendue), un loyer de référence majoré plafonne l'augmentation possible, indépendamment de ce mécanisme. Vérifiez ce plafond avant toute proposition de hausse.

Exemple concret : un T2 meublé à 650 €, rattrapé à 740 €

Reprenons le T2 loué 650 €/mois. Vous réunissez trois annonces de biens comparables dans le même quartier : 720 €, 740 € et 760 €. Vous proposez donc 740 € au renouvellement. L'écart : 90 €, soit +13,8 % — au-delà du seuil de 10 %. L'augmentation s'étale donc sur trois ans, par tiers :

ÉchéanceLoyer mensuel
Loyer initial650 €
Renouvellement, année 1650 + 30 = 680 €
Reconduction, année 2680 + 30 = 710 €
Reconduction, année 3710 + 30 = 740 €

Trois ans après avoir engagé la démarche, vous touchez 90 € de plus par mois, soit 1 080 € de loyers supplémentaires par an. En attendant, chaque palier reste soumis à sa propre clause d'indexation IRL, appliquée sur le nouveau montant.

Un mécanisme propre à la location meublée libre

Ce rattrapage au renouvellement ne concerne que les baux d'habitation classiques, meublés ou nus, loués librement. Il ne s'applique pas de la même façon à un logement loué sous le dispositif Jeanbrun : ce bail nu reste soumis à la loi de 1989, mais son loyer est plafonné par un arrêté propre au dispositif (zone, surface, secteur). Même si des comparables du quartier justifieraient un loyer plus élevé, vous ne pouvez pas dépasser ce plafond sans perdre l'avantage fiscal. Le rattrapage au marché, tel que décrit ici, ne profite donc pleinement qu'aux bailleurs en location libre — la grande majorité des propriétaires en LMNP hors résidence gérée sous bail commercial.

Impact fiscal : des recettes en plus, pas un nouvel amortissement

Ce loyer additionnel s'ajoute à vos recettes imposables en BIC (bénéfices industriels et commerciaux, le cadre fiscal de la location meublée), qu'elle relève du micro-BIC ou du régime réel. Il ne modifie ni la base ni le calendrier de votre amortissement, qui continue de se calculer sur votre prix d'acquisition d'origine. Au régime réel, avec un amortissement déjà supérieur au résultat, ces 1 080 € de loyers en plus peuvent rester couverts par le stock d'amortissement en report, sans impôt supplémentaire immédiat. Au micro-BIC, l'abattement forfaitaire de 50 % s'applique sur ce montant comme sur le reste des loyers déclarés.

Le simulateur Patrim recalcule votre résultat LMNP à partir du loyer réellement pratiqué, régime réel ou micro-BIC. Entrez votre loyer actuel et votre tranche d'imposition pour voir l'effet concret d'un rattrapage de loyer sur votre déclaration.

Simulez votre investissement LMNP

Découvrez en 3 minutes à quels dispositifs vous êtes éligible et estimez votre avantage fiscal.

Questions fréquentes

Peut-on augmenter un loyer meublé sous le prix du marché au renouvellement du bail ?
Oui, sauf pour un logement classé F ou G au DPE. L'article 25-9 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 (legifrance.gouv.fr) rend l'article 17-2 de la même loi applicable aux logements meublés. Le bailleur doit adresser sa proposition de nouveau loyer au moins six mois avant le terme du bail, en la justifiant par des références de loyers habituellement constatés dans le voisinage pour des logements comparables — au moins trois références, ou six dans les communes appartenant à une agglomération de plus d'un million d'habitants (article 17-2 — legifrance.gouv.fr). Mais le II de ce même article 17-2 interdit toute réévaluation du loyer au renouvellement pour les logements de classe F ou G au DPE (diagnostic de performance énergétique — le classement énergétique légal de A à G), en application de la loi Climat et résilience du 22 août 2021 (legifrance.gouv.fr).
Quelle est la valeur de l'IRL au 2e trimestre 2026 ?
L'indice de référence des loyers (IRL — le baromètre publié chaque trimestre par l'Insee) du 2e trimestre 2026 s'établit à 148,37 points, en hausse de 1,15 % sur un an, contre +0,78 % au trimestre précédent. Il a été publié par l'Insee le 10 juillet 2026 (insee.fr, Informations rapides n° 167). Cet indice sert à la révision annuelle du loyer, pas au rattrapage d'un loyer sous-évalué, qui relève d'un autre mécanisme (article 25-9 de la loi du 6 juillet 1989).
Existe-t-il un plafond si mon loyer meublé est très inférieur au marché ?
Il n'y a pas de plafond sur le loyer cible proposé, tant qu'il est justifié par des références de loyers comparables. En revanche, si l'augmentation convenue entre les parties ou fixée par un juge dépasse 10 %, elle ne s'applique pas immédiatement : elle est étalée par tiers annuels, sur le contrat renouvelé puis, le cas échéant, sur les reconductions suivantes (article 25-9 de la loi du 6 juillet 1989 — legifrance.gouv.fr). Dans les zones soumises à l'encadrement des loyers (Paris, Lille, Lyon et d'autres agglomérations classées en zone tendue), un loyer de référence majoré plafonne par ailleurs l'augmentation possible, indépendamment de ce mécanisme.
Que se passe-t-il si le locataire refuse la hausse de loyer proposée en LMNP ?
Si le locataire refuse ou ne répond pas dans les quatre mois précédant le terme du bail, l'une ou l'autre partie peut saisir la commission départementale de conciliation. À défaut d'accord amiable, un juge tranche avant le terme du bail. Si aucune des deux parties ne saisit la commission ou le juge dans les délais, le contrat se poursuit de plein droit aux conditions de loyer antérieures — le bailleur qui n'a pas envoyé sa proposition six mois avant le terme du bail perd sa fenêtre de rattrapage pour cette reconduction, mais pourra retenter la démarche à la prochaine échéance.
Le rattrapage de loyer change-t-il l'amortissement LMNP ?
Non. Le loyer supplémentaire s'ajoute à vos recettes imposables en BIC (bénéfices industriels et commerciaux, le cadre fiscal de la location meublée), mais ne modifie ni la base ni le calendrier de votre amortissement, calculé une fois pour toutes sur votre prix d'acquisition d'origine. Au régime réel, si votre amortissement annuel dépasse déjà le résultat locatif, ce loyer en plus peut rester couvert par le stock d'amortissement en report, sans impôt supplémentaire immédiat.