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Revendre avant 20 ans : la TVA que vous devrez rendre

Lecture 6 min
Daniel
Par Daniel
Conseiller en Gestion de Patrimoine·

Vous avez acheté un studio en résidence étudiante 240 000 € toutes taxes comprises, et vous avez récupéré 40 000 € de TVA quelques mois plus tard. Dix ans plus tard, vous voulez vendre. Selon la façon dont l'opération est montée, vous rendez 18 000 € à l'administration — ou rien du tout. Le montant ne dépend pas du prix de vente : il dépend de qui achète et de ce qu'il fait du bien. Voici la règle exacte, et pourquoi le chiffre avancé par la plupart des sites est faux.

Pourquoi cette TVA n'est jamais vraiment acquise

Quand vous achetez dans une résidence services neuve dont l'exploitant fournit au moins trois des quatre prestations para-hôtelières — accueil de la clientèle, petit-déjeuner, fourniture du linge, nettoyage régulier —, la location que vous lui consentez devient soumise à la TVA. C'est ce qui vous permet de récupérer les 20 % payés sur le prix d'achat. Mais cette récupération est accordée sous condition : l'administration considère que le bien va servir une activité taxable pendant toute une période de référence.

Pour un immeuble, cette période est de vingt ans. L'article 207 de l'annexe II au CGI— le Code général des impôts, le texte officiel qui fixe la règle — prévoit que la taxe initialement déduite est régularisable par vingtièmes sur cette durée. Si le bien sort de l'activité taxable avant le terme, une régularisation globale est due, sous forme de reversement, proportionnelle au nombre d'années restant à courir.

Le calcul exact — et pourquoi « la moitié à dix ans » est faux

On lit souvent qu'une revente au bout de dix ans oblige à rendre la moitié de la TVA. Ce n'est pas ce que dit le texte. La période court à partir de l'année d'acquisition, appelons-la N : elle couvre l'année N et les dix-neuf suivantes, jusqu'à N+19 inclus. Le nombre d'années restant à courir se compte donc à partir de N+19, et non à partir de N+20.

Sur notre studio à 240 000 € TTC, soit 40 000 € de TVA récupérée :

  • Vente dix ans après l'achat (année N+10) : il reste 9 années (N+11 à N+19). Régularisation = 40 000 € × 9/20 = 18 000 €.
  • Vente quinze ans après l'achat (année N+15) : il reste 4 années. Régularisation = 8 000 €.
  • Vente en N+19 ou après : plus rien à rendre. La contrainte porte donc sur dix-neuf années, pas vingt.

L'écart avec la règle approximative n'est pas anecdotique  : 18 000 € au lieu de 20 000 € à dix ans, c'est 2 000 € de différence sur une opération où chaque millier d'euros compte.

Ce qui ramène la facture à zéro : la continuité de l'activité

Le cas le plus courant d'exonération n'a rien d'exotique. L'article 257 bis du CGI dispense de régularisation les transmissions d'une universalité totale ou partielle de biens effectuées entre redevables de la TVA. En clair : si vous ne vendez pas seulement des murs mais une activité qui continue — le bien reste loué au même exploitant, sous le même bail commercial, et l'acquéreur, lui-même redevable, reprend l'activité soumise à la TVA — l'opération est considérée comme la simple poursuite de la vôtre. À noter : le Conseil d'État avait retenu en 2022 une lecture plus étroite, mais sur la rédaction applicable avant le 1er janvier 2023 — le législateur l'a depuis neutralisée.

La doctrine administrative précise que l'acquéreur est alors réputé continuer la personne du cédant, et que la transmission ne fait pas courir un nouveau délai : il reprend la période de régularisation là où vous l'aviez laissée. S'il revend lui-même trop tôt, c'est lui qui supportera la régularisation restante.

Contrairement à ce qu'on lit souvent, cette dispense n'est pas une option : l'administration la qualifie d'obligatoire, et elle ne dépend pas d'un engagement formel des parties. Ce qui compte, c'est la substance de l'opération — un acquéreur assujetti qui poursuit l'exploitation. Faire viser l'article 257 bis dans l'acte reste vivement recommandé, mais comme précaution probatoire : cela sécurise la qualification, cela ne la crée pas.

Il existe une seconde voie, moins utilisée : opter pour soumettre la vente elle-même à la TVA, au titre de l'article 260, 5° bis du CGI. Une cession taxée sur le prix total n'ouvre aucune régularisation. Deux réserves : l'option doit être exprimée de façon claire et non équivoque dans l'acte — là, c'est bien une condition de validité — et elle fait supporter 20 % de TVA à l'acquéreur, ce qui la rend en pratique inintéressante face à un particulier. À la différence du 257 bis, l'acquéreur ouvre alors sa propre période de vingt ans.

Ce que ça implique sur votre prix de vente

Cette mécanique explique une particularité du marché secondaire des résidences gérées : votre acheteur naturel n'est pas un particulier qui cherche un logement, c'est un investisseur qui accepte de reprendre le bail commercial en cours. C'est lui qui vous permet, le plus simplement, d'éviter les 18 000 €. Vendre à quelqu'un qui veut récupérer le logement pour l'habiter ou le louer nu, c'est sortir le bien de l'activité taxable, donc déclencher la régularisation.

Autrement dit, la TVA que vous avez récupérée à l'achat restreint votre marché de sortie jusqu'à la fin de la dix-huitième année suivant l'acquisition : une cession à partir de N+19 ne déclenche plus rien. Ce n'est pas une raison de ne pas la récupérer : 40 000 € disponibles dès la première année valent beaucoup. Mais c'est une contrainte à connaître avant de signer, pas à découvrir en cherchant un acquéreur.

Note de référence : les articles législatifs du Code général des impôts cités ici sont en vigueur jusqu'au 31 août 2026. À compter du 1erseptembre 2026, la matière est recodifiée au livre II du Code des impositions sur les biens et services, à droit constant : la règle de fond ne change pas, seules les références changent.

Avant de fixer votre prix

Trois chiffres déterminent ce qu'il vous restera vraiment : l'année d'acquisition, le montant exact de TVA récupérée, et la nature de l'acquéreur que vous visez. Les deux premiers sont dans vos documents ; le troisième est une décision commerciale que vous prenez maintenant.

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Questions fréquentes

Faut-il rembourser la TVA en cas de revente d'un LMNP en résidence services avant 20 ans ?
En principe oui, sauf continuité de l'activité au sens de l'article 257 bis du CGI. Pour un immeuble, la taxe initialement déduite est régularisable par vingtièmes sur une période de vingt ans (article 207 de l'annexe II au CGI). Si le bien sort de l'activité soumise à la TVA avant le terme, une régularisation globale est due, sous forme de reversement, proportionnelle au nombre d'années restant à courir.
Comment se calcule exactement la régularisation de TVA ?
La période couvre l'année d'acquisition (N) et les dix-neuf suivantes, jusqu'à N+19 inclus, et l'année de cession n'est pas décomptée. Sur 40 000 € de TVA récupérée, une vente dix ans après l'achat (année N+10) laisse 9 années restantes (N+11 à N+19), soit 40 000 × 9/20 = 18 000 € à reverser. La règle approximative « la moitié à dix ans » conduirait à 20 000 €, soit 2 000 € de trop.
Comment éviter la régularisation de TVA lors de la revente d'un lot géré ?
En préservant la continuité de l'activité, ce qui place l'opération sous l'article 257 bis du CGI : celui-ci dispense de régularisation les transmissions d'une universalité totale ou partielle de biens effectuées entre redevables de la TVA. Concrètement, le bien doit rester loué sous le même bail commercial et l'acquéreur, lui-même redevable, doit reprendre l'activité soumise à la TVA ; il est alors réputé continuer la personne du cédant et reprend le délai de régularisation restant, sans qu'un nouveau délai ne coure. Une seconde voie existe, distincte : opter pour soumettre la vente elle-même à la TVA au titre de l'article 260, 5° bis du CGI — l'option doit être exprimée clairement dans l'acte, elle n'ouvre aucune régularisation chez le vendeur, mais elle fait supporter 20 % de TVA à l'acquéreur, qui ouvre alors sa propre période de vingt ans.
Le notaire doit-il mentionner l'article 257 bis dans l'acte de vente ?
C'est vivement recommandé, mais ce n'est pas une condition d'application. L'administration qualifie cette dispense d'obligatoire dès lors que les conditions de fond sont réunies — deux assujettis et poursuite de l'activité — sans engagement formel des parties. Faire viser l'article 257 bis dans l'acte est une précaution probatoire qui sécurise la qualification et le statut des parties ; les deux parties doivent par ailleurs mentionner le montant total hors taxe sur leur déclaration de TVA.
Puis-je vendre mon lot en résidence gérée à un particulier qui veut l'habiter ?
Rien ne l'interdit, mais cela sort le bien de l'activité locative soumise à la TVA et déclenche donc la régularisation restante, sauf à opter pour soumettre la vente à la TVA. C'est la raison pour laquelle l'acheteur naturel d'un lot géré est un investisseur qui reprend le bail commercial en cours : la TVA récupérée à l'achat restreint de fait votre marché de sortie jusqu'à la fin de la dix-huitième année suivant l'acquisition : une cession à partir de N+19 ne déclenche plus rien.